Kamel Boudjadi: le président Abdelaziz Bouteflika a fini par céder à la pression du peuple qui a réclamé son départ.

 

Dans cet entretien, Kamel Boudjadi, journaliste permanent au quotidien L'expression, en même temps écrivain, son premier roman en 2011, intitulé «Harraga, Aujourd’hui », il nous livre ses réflexions pour parler, éclairer et faire une projection sur la situation actuelle de l’Algérie.


Presque deux mois de manifestation en Algérie, comment voyez-vous la situation actuelle après la démission d’Abdelaziz Bouteflika ? Et Quel est le scénario attendu ?


Après vingt ans de règne sans partage, à l’exception de ses cercles d’allégeance, le président Abdelaziz Bouteflika a fini par céder à la pression du peuple qui a réclamé son départ, d’une manière il a laissé le monde entier bouche-bée. Cette première victoire doit être appréciée par deux aspects. Le premier, c’est le départ du président et le second est à mon avis encore plus important.
Désormais, le peuple algérien a changé sa façon de se voir. Finalement, uni, ce grand peuple qui a combattu l’un des plus belliqueux et l’un des plus barbares colonialismes n’a pas été vaincu par le pouvoir qui a régné depuis l’Indépendance. Bien au contraire, le soulèvement né le 22 février a prouvé que le peuple algérien a désormais la force de reprendre son destin en main.
Après le départ du président Bouteflika, ce sont tous les horizons qui s’ouvrent devant le peuple composé essentiellement de jeunesses.


Après des décennies passées dans une sorte de dépression collective, les algériens ont enfin tous les leviers en mains pour construire un pays des libertés et de l’espoir à la mesure du sacrifice des martyrs de la guerre de libération. Les jeunes ne sont plus désormais dans ce désespoir qui les pousse à se jeter en mer pour un ailleurs meilleurs. Aujourd’hui, cette frange dynamique de la société algérienne a compris qu’il n’y a pas d’avenir ailleurs. C’est désormais dans son pays qu’elle veut se le construire quitte à forcer le destin. Techniquement, je crois que le peuple algérien va reprendre les espaces de liberté perdu au long du règne du président sortant
. Le départ de toutes les figures qui symbolisent cette période, ouvrira sans nul doute la voie à d’autres formes de gouvernance plus démocratiques et surtout plus adaptées à la réalité du moment.

Quelles sont les solutions que vous suggèrez afin de sortir de cette crise ?


La sortie de crise ne peut être conçue en dehors du dialogue inclusif entre toutes les forces vives du pays. Tout d’abord, les symboles du système anachronique doivent toutes disparaître. Les slogans portés par les dizaines de millions de marcheurs sont clairs. Le système de gouvernance actuel a réuni le consensus populaire pour son départ et qu’il serait vain de tenter de le maintenir. La période qui va suivre sera difficile car le peuple aura vraiment besoin d’unité. C’est la période qui verra à mon sens les anachronismes sauter les uns après les autres. La façon de gouverner va changer tout comme certaines règles érigées en dogmes. La liberté apportera des conceptions nouvelles qui nécessiteront l’adaptation rapide du peuple qui devra se débarrasser de plusieurs façons de penser. Ce sera difficile mais l’impossible n’est possible que pour les peuples qui ont cessé de rêver de lendemains meilleurs.


Dupuis le soulèvement populaire enclenché le 22 février 2019, le mouvement populaire a atteint quand même quelques objectifs, est-ce que c'est le début de la victoire ?


Bien évidemment que le mouvement engrange déjà ses premières victoires. Le départ du président, le peuple qui reprend confiance en lui-même, ce sont des victoires très importantes. La victoire finale, sera par ailleurs, l’instauration d’une véritable démocratie.


Désormais, quel est le rôle de l’institution militaire face à cette situation ?


Notre institution militaire est une armée populaire. Elle est composée de nos frères, de nos enfants et de nos parents. Elle est par nature et d’essence avec le peuple. Jusqu’à présent, les images et les faits corrobore ce fait. Le départ du président a été en partie grâce à l’armée qui s’est rangée sans réserve au coté des algériens. Les algériens aussi considèrent l’institution militaire comme leur famille. Le peuple a de grands espoirs que la transition vers un Etat démocratique sera accompagné par l’institution militaire jusqu’au bout. Un système démocratique ne fera que la renforcer en contrepartie dans sa mission de protéger le pays d’autant plus que l’on vit une conjoncture marquée par des conflits internationaux juste à nos frontières.

     Entretien réalisé par Djaffar Chenane.

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