YAKOUREN : Forum des libertés de la coalition de la société civile de Tizi-Ouzou Pour un autre acte de la révolution du sourire.

Pour un autre acte de la révolution du sourire.

La ville de Yakouren, à 46 km à l'est de Tizi Ouzou, a accueilli vendredi passé la coalition de la société civile de Tizi-Ouzou qui a organisé sa première sortie pour aller à la rencontre du citoyen. C'est le stade communal qui a abrité dans la soirée le "forum des libertés".

Cette première escale rentre dans le cadre du programme des sorties de proximité placée sous le signe "pour une rupture radicale avec le système et pour une réelle transition démocratique". Elle est ponctuée par la présence de maître Mustapha Bouchachi devant un panel d'invités de marque composé de journalistes, avocats, artistes, syndicalistes et autres acteurs de la société civile. Tel un mot d'ordre, tout le monde s'est accordé à afficher publiquement son râle-bol et son mécontentement face aux récents agissements des résidus du système en décomposition via ses figures qui font et défont l'actualité.

De prime abord, les organisateurs ont exposé leur motivation, historique et symbolique, quant au choix de cette localité. «La petite Suisse nord-africaine», comme la surnommaient les anciens colons, est depuis toujours un foyer de revendications et de luttes pour la liberté et la dignité. Porte d'akfadou où le colonel Amirouche avait jeté son dévolu pour y installer son PC de la wilaya 3 durant la guerre de libération nationale.

Cette région a toujours enfanté des martyrs qui ont écrit l'histoire du pays avec leur sang depuis Arezki Lbachir, guillotiné en 1895, jusqu'à Kamel Irchen, assassiné lors des événements de 2001. Ce massif forestier est un endroit de quiétude et d'hospitalité qui a avait accueilli auparavant les assises du MCB en 80. Tout récemment, Yakouren, fidèle à son engagement et valeurs, s'est démarquée encore une fois par le biais de son maire en rejetant catégoriquement l'élection présidentielle du 4 juillet prochaine. C'est la première assemblée populaire à l'échelle nationale qui l'a déclaré publiquement ! D'où la symbolique…

Yakouren, ou cette Kabylie fidèle à ses luttes !

Devant une assistance qui était très attentive, une dizaine d'intervenants ont fait leur passage pour rappeler et maintenir le cap des revendications populaires. Après les élus qui ont souhaité la bienvenue aux présents et réitéré leur engagement aux côtés du peuple, c'est au tour des artistes d'animer la soirée.

Ali Ideflawen, l'un des rares chanteurs engagés qui garde intacte la ligne de son combat, estime que 2019 n'est pas trop différent de 1980, c'est une continuité. C'est avec ses chansons phares qu'il a enchanté son public, notamment, la mythique "Ejjeth-iyi abrid" (laissez-moi passer)… Avant que Brahim Tayeb, aussi engagé et proche du peuple, lui donne la réplique avec son chef d'œuvre "Init-as" (Dites-lui).

Tout en restant disponible aux initiatives citoyennes, il a fait savoir à ses fans qu'il a désormais décliné toutes les propositions officielles émanant des autorités pour l'animation de soirées. C'est sa manière pour exprimer sa rupture avec le système. En outre, telle une retrouvaille, il a fait rappeler que c'est à Yakouren qu'il a enregistré son tout premier album "Ussan-nni" (Les jours d'antan !) en 1989. Il a profité de l'occasion pour souligner l'importance de l'art comme vecteur des valeurs de paix et de fraternité.

De son côté, le collectif Révolt'Art, un groupe de jeunes artistes, des étudiants en majorité, a pris la parole pour donner rendez-vous aux gens et les inviter à ses activités qui se déroulent chaque samedi soir à la place M'barek Ait Menguellet de Tizi-Ouzou.

Après cette bouffée d'art, les différentes corporations composant la coalition se sont succédé sur la scène. Successivement, le CACD (Collectif des Avocats pour le Changement et la Dignité), le CNAPEST, l'UGCAA de Tizi-Ouzou, la LADDH ont tous été critiques au régime actuel et ils n'ont pas choisi le sens du poil pour exprimer leur rupture et leur opposition envers ses symboles. Par ailleurs, le fait marquant de ses prises de paroles fut la lecture de la lettre ouverte au chef d'état-major que lui a adressé la coalition.

"Une révolution qui nous a rendu la dignité"

En fin de soirée de ce premier week-end du ramadhan, les citoyens venus nombreux à cette conférence-débat ont eu droit au discours prononcé par l'homme politique maître Mustapha Bouchachi. Dans son allocution, l'ancien député a souligné le caractère extraordinaire des manifestations qui constituent un exemple de pacifisme pour le monde entier. Avec une forte charge émotionnelle, il déclare que la révolution enclenchée depuis le 22 février a rendu au peuple sa dignité après 20 ans de mépris et du déshonneur.

En homme sage, l'enfant de Jijel sème les graines de l'espoir et préconise le maintien de cette dynamique populaire jusqu'à la victoire tant attendue. Une victoire qui redorera le blason de l'Algérie et fera revenir tous ses dignes enfants poussés vers l'exil par les pouvoirs successifs qui se sont adonné aux luttes claniques au détriment des réelles préoccupations citoyennes.

Face à une assistance qui a soif de ce genre d'espaces de débats et d'échanges, en vue de la rassurer, le défenseur des droits de l'homme a levé l'équivoque quant au risque du vide constitutionnel. Pour lui, le pouvoir essaye de gérer selon ses convenances cette période en se référant à chaque fois à des articles de la loi fondamentale, que lui-même a pourtant violée à maintes reprises !
Après un règne qui a, hélas, fait de l'Algérie la risée du monde, l'heure est à la transition et à la rupture radicale avec le système qui a toujours fonctionné par téléphone, sans se soucier du respect des institutions de l'Etat. L'ouverture de nouvelles perspectives pour permettre une ère nouvelle au pays, à l'image les expériences des anciennes dictatures qui ont fait le pas vers la démocratie, est la finalité de ces merveilleuses manifestations, souligne-t-il.

Concernant l'élection présidentielle prévue pour le 04 juillet prochain, tout le monde, à l'unanimité, a exprimé son rejet catégorique. Pour le conférencier, les algériens ne se sont pas seulement mobilisés contre le cinquième mandat, mais ils veulent aussi choisir librement leur président. A ce sujet, il a rappelé que depuis 62, les présidents ont tous été désignés, et maintenant, le véritable enjeu réside dans le maintien de la pression et la continuité de la mobilisation pour qu'enfin la voix du peuple soit entendue. L'heure est à la vigilance et, surtout, un appel à ne pas se résigner !

Cette initiative citoyenne s'inscrit dans la démarche d'accompagnement et d'encadrement du mouvement populaire enclenché depuis 12 semaines.

Selon ses initiateurs, ce forum se veut un espace de débat et une force de proposition destiné à mieux éclairer la société sur les perspectives à donner aux manifestations actuelles que connait le pays. La coalition s'engage à rester à l'écoute du mouvement pour répondre présent à la moindre sollicitation, un autre acte de la révolution du sourire.

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